18.01.2008

La guerre du centre

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Article du Nouvel Observateur:

Lyon 

C'est un bras de fer qui ne dit pas son nom. Une opposition entre deux amis de trente ans. François Bayrou, président du MoDem, d'un côté. Le sénateur Michel Mercier, un de ses derniers lieutenants, de l'autre. Objet du litige : la présence d'une liste MoDem «autonome» aux municipales lyonnaises. Bayrou y tient. Lyon lui a donné près de 22% à la présidentielle. Il veut faire de cette ville une des vitrines de son mouvement. Mercier, président du MoDem local, pense d'abord, lui, aux «110 élus du département qui ont apporté leurs parrainages à François Bayrou». Il veut surtout sauver sa présidence du conseil général. Ce qui passe, à Lyon, par une alliance avec l'UMP Son chef de file, Dominique Perben, l'exige dès le premier tour afin de créer une «dynamique» contre le maire sortant, le socialiste Gérard Collomb. Perben a déjà réalisé l'union à droite avec le MPF et les «amis de Charles Millon». L'appui du centre le renforcerait. Problème : Bayrou ne veut pas d'un ralliement à «une liste PerbenMillon, car c'est de cela qu'il s'agit», dans une ville où plane encore le souvenir de l'accord passé entre une partie de la droite et le Front national au conseil régional, en 1998.
Tout s'est compliqué en septembre 2007, avec le retrait d'Anne-Marie Comparini, figure de l'opposition à l'accord Millon-FN. Michel Mercier reprend ses troupes en main pour mieux gérer la future municipale. Regroupés dans un courant Génération démocrate, des nouveaux adhérents du MoDem obtiennent de Bayrou une primaire interne pour désigner leur candidat. Mercier boude. Puis repart à l'assaut. Il pousse à bout Azouz Begag, incontrôlable et enclin à s'allier avec la gauche. Begag, écoeuré, finit par jeter l'éponge. Mercier peut alors imposer, début décembre, la candidature d'un homme à lui : Christophe Geourjon. Bayrou ne dit rien, mais fait lanterner six semaines avant d'accorder, vendredi dernier, l'investiture officielle à Geourjon. Celui-ci s'apprête à présenter ses chefs de file par arrondissement mais il a un retard considérable sur ses concurrents. En début de semaine, il n'avait rallié qu'une centaine de noms de candidats sur les 221 nécessaires. Ce qui fait dire à ses opposants qu'il se contente d'occuper le terrain pour éviter une liste réellement autonome.
Aujourd'hui, on en est là. François Bayrou est coincé : «Je ne suis pas à Lyon, je suis bien obligé de croire ce que l'on me dit. Donc je pense que Geourjon fera une liste.» Bayrou et Mercier, en public, se ménagent. «Le vrai problème de François, c'est son affection pour Mercier. Il comprend les pressions que subit Michel», dit un de ses proches. «Comment voulez-vous que Bayrou s'oppose à ce que veut Mercier ?», rétorque un ami du sénateur. Les deux hommes, liés par leur amitié mais aussi par des intérêts politiques et financiers, se tiennent. Mercier a besoin de Bayrou pour exister face à l'UMP Bayrou ne peut se passer du trésorier de son mouvement et de la manne reversée par le groupe centriste qu'il préside au Sénat : plus de 1 million d'euros par an ! Ces tergiversations ont le don d'impatienter la droite et la gauche à la fois. Perben a donné jusqu'au 28 janvier à Mercier et à Geourjon pour que le MoDem le rejoigne. Sinon ? «Nos candidatures aux cantonales sont prêtes partout, y compris contre les MoDem sortants», menace-t-il. Gérard Collomb, lui, réserve des places dans ses listes «pour accueillir les MoDem qui ne veulent pas s'allier à la droite extrême». Lyon, ton univers impitoyable ...

Robert Marmoz
Le Nouvel Observateur