« On n'est pas condamnés à l'echec | Page d'accueil | Premier tour des municipales »
07.03.2008
Bayrou: la République en cause
Article Nouvel Observateur
Le premier, j'ai dit que Nicolas Sarkozy représentait une menace pour les valeurs de la République. Aujourd'hui, je ne sais pas ce qui va arriver.» A l'heure de la grande désillusion des Français à l'égard de leur président, François Bayrou apparaît paradoxalement comme sonné : il ne pensait pas que les faits lui donneraient aussi rapidement et aussi profondément raison ! Pendant la campagne présidentielle, il n'a pas ménagé le candidat Sarkozy, brocardant ses rapports incestueux avec l'argent, les patrons, les médias, stigmatisant son alignement sur George Bush. En regard, les principaux leaders de la gauche apparaissaient presque indulgents, comme fascinés par la bête politique qu'est aussi Sarkozy. Aujourd'hui, Bayroule-précurseur ne peut que constater que tout le monde communie dans la sarkophobie. «Ca ne peut pas durer comme ça pendant cinq ans, laisse-t-il tomber. Il va y avoir un accident. Quand les ponts se rompent entre un président et un peuple, il se produit forcément quelque chose.» Quelque chose de «thermonucléaire», glisse-t-il un peu plus tard, aussi sûr que la France va connaître une déflagration qu'incapable d'en préciser la nature.
Neuf mois après l'élection présidentielle, François Bayrou se trouve à nouveau engagé dans un combat difficile : il tente d'enlever la mairie de Pau. Sans doute a-t-il au départ surestimé ses chances : arrivé en tête dans la ville à la présidentielle, depuis longtemps chantre du Béarn, le président du MoDem pensait ne faire qu'une bouchée de ses adversaires de droite comme de gauche. Il se dit toujours convaincu de l'emporter, mais c'est plus difficile que prévu : la candidate socialiste Martine Lignières-Cassou, députée de Pau, fait jeu égal avec lui dans les sondages de premier tour. La partie est encore compliquée par le fait que le maire sortant Yves Urieta, successeur d'André Labarrère, mais en rupture de ban avec le PS, a reçu l'appui de l'UMP Dans ces conditions, le président du MoDem ne ménage pas sa peine : du quartier Saragosse où, comme dans beaucoup de cités hexagonales, flambent des voitures au stade où évolue «la Section», le club de rugby local, il se démultiplie.
Jusqu a samedi dernier, pourtant, personne à Pau ne lui avait parlé de Sarkozy. Une réserve qui l'avait frappé : les Palois l'entretenaient de la dégradation de leurs conditions de vie, de la hausse des prix, pas du comportement du président de la République. François Bayrou en concluait que si le rejet de Nicolas Sarkozy était profond dans les élites, il ne touchait pas encore fortement, en dépit de ce que disaient les sondages, les Français d'en bas. Mais ce samedi, alors qu'il parcourait les artères du centre-ville, les Palois sont tombés sur lui en avalanche : «Ils sont au moins dix à m'avoir dit leur désaccord avec la décision de Sarkozy de contourner le Conseil constitutionnel sur la rétention de sûreté. Ce qui se passe est de l'ordre des gouttes d'eau qui font déborder le vase.»
Plus que quiconque, le président du MoDem comprend les raisons de la disgrâce présidentielle. «Un chef de l'Etat doit rassurer, incarner, défricher l'avenir, souligne-t-il. Or Sarkozy fait le contraire de tout ça.» La Ve République est morte ! Dans l'état gazeux où se trouve la France, c'est sa seule certitude : les institutions ne survivront pas à l'expérience Sarkozy. «La preuve est faite qu'il n'y a pas de garde-fou.» François Mitterrand a dit un jour que la Ve République avait été dangereuse avant lui et qu'elle le serait après lui. Comme Mitterrand, François Bayrou juge que la Ve République exige un «président sage» tant il est doté de nombreux pouvoirs. Aujourd'hui, le côté forcené du nouveau président menace tout l'édifice constitutionnel : personne ne peut y faire obstacle.
Et demain ? Le président du MoDem n'exclut pas de grandes manifestations de rue ou une révolte des parlementaires. Dans cette perspective, il croit plus que jamais nécessaire une «alliance des reconstructeurs», sorte de néo-Front républicain qui rassemblerait la gauche socialiste, le centre et la droite gaulliste, dont Alain Juppé, son voisin bordelais, est à ses yeux le chef naturel. «Ce n'est pas une question de gauche ou de droite, c'est la République qui est en cause», martèle-t-il, fidèle à son credo. Mais François Bayrou se redit incapable d'écrire le scénario de l'affrontement inédit qu'il sent poindre : celui qui devrait mettre aux prises un président qui croit avoir tous les droits à des Français qui croient génétiquement à l'Etat de droit.
Le Nouvel Observateur
20:49 Publié dans Dans la presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bayrou, modem, municipales













Commentaires
Bravo...
Votre analyse est à 100% pertinente et je me permets de la relayer sur mob blog.
Cordialement
E. MEYZA
Ecrit par : Emmanuel MEYZA | 07.03.2008
Ecrire un commentaire